LE COLLECTIF TRICOLOR À LA RESCOUSSE DE LA LAINE FRANÇAISE : JULIEN VOUS DIT TOUT

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Le collectif Tricolor à la rescousse de la laine française : Julien vous dit tout

En 2020, Tediber a rejoint les rangs du collectif Tricolor en tant que co-fondateur. Il s’agit d’une association interprofessionnelle qui s’est donnée pour mission d'accompagner l'ensemble des acteurs des filières lainières françaises. Notre rêve le plus cher ? Augmenter la quantité de laine valorisée localement et démultiplier les usages de cette matière première noble et biodégradable. Notre co-fondateur Julien vous raconte les coulisses de l’aventure avec autant de rebondissements qu’un popotin de mouton dodu.

Comment a débuté l’aventure du collectif Tricolor pour Tediber ?

Le début de l’aventure Tricolor a commencé en 2020. À l’époque, on se demandait comment faire un matelas plus vertueux. On s’est rapidement dit que produire un matelas plus intelligent écologiquement parlant n’était pas possible, ce qui était assez frustrant, car on avait le sentiment de bien faire, mais que l’on ne pouvait pas inventer de nouvelles matières. Puis, on s’est posé la question un peu différemment, notamment grâce à l’aide de la société de conseil 2122. Grâce à eux, on s’est éduqué sur les leviers écologiques possibles pour notre matelas. C’est là que l’on a identifié la laine comme l’une des possibilités potentiellement assez vertueuse. Un cheminement que je raconte en détail ici.

Pourquoi cet intérêt pour la laine ?

La laine était utilisée par nos ancêtres et lorsqu’on veut bien faire écologiquement parlant, il faut souvent se poser la question de comment on s’y prenait avant car c’était en réalité souvent la meilleure option : celle de la sobriété. En s’intéressant à la laine, on s’est rendu compte qu’elle était utilisée depuis l’Égypte ancienne pour faire des matelas et qu’elle avait ensuite progressivement disparu au détriment de la mousse. À force de s’y intéresser, on a eu un coup de foudre pour cette matière et j’ai décidé en 2020 de partir à la rencontre de tous les territoires lainiers de France : le Massif central, le Tarn, le Limousin et le Pays Basque.

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Quel était l’objectif de ce tour de France ?

Je voulais comprendre qui travaillait encore la matière, comment et pourquoi il n’y en avait pas dans les matelas. Et c’est justement dans le Tarn que j’ai rencontré Pascal Gautrand, le fondateur du collectif Tricolor, qui faisait à l’époque le même tour de France que moi pour les besoins des salons Made in Town et Who’s next. À force de s’intéresser à la laine, Pascal a eu envie de jouer un rôle citoyen et de participer à la recréation de la filière.

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Il avait déjà identifié la laine comme matière pour faire de la maille mais s’était rapidement rendu compte que la laine française avait une spécificité plus adéquate pour la literie que pour le prêt-à-porter. Pour la mode, ce qui va faire la qualité de la laine, c’est la finesse de son fil et la longueur des poils, tandis que pour les matelas, le plus important, c’est la résilience de la laine, c’est-à-dire c’est si elle est mœlleuse ou non. Comprenant que la laine française représentait un vrai intérêt pour la literie, Pascal a eu l’idée de créer une association qui regroupe tout le monde. C’est là qu’il m’a proposé que Tediber rejoigne le collectif Tricolor comme cofondateur. Aujourd’hui, l’association rassemble les éleveurs ovins, les artisans, les manufactures, les acteurs de la création, de la distribution et les territoires.

Quelle est la mission du collectif Tricolor ?

Aujourd’hui, la laine française n’est pas utilisée. Elle n’est pas jetée mais expédiée pour rien du tout en Asie car de trop faible qualité. En fait, l’industrie française s’est désintéressée assez rapidement de la laine française car il existait de la laine de meilleure qualité ailleurs que l’on pouvait plus facilement industrialisée. En France, on a sélectionné nos moutons sur des critères laitiers et de viande et non des critères de laine. On a donc 60 espèces de moutons différentes qui ont chacune une laine différente, un poil différent, une période de tonte différente, des conditions d’élevage différentes… ce qui fait qu’on ne peut pas mécaniser la création d’un fil qui serait de bonne qualité pour le textile. Alors qu’en Nouvelle-Zélande, il y a deux fois plus de moutons et un seul cheptel qui a été sélectionné pour la laine et la viande. Contrairement à la France, ils arrivent du coup à standardiser et faire du fil qui est de qualité homogène.

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On veut améliorer la qualité de la laine et faire en sorte qu’elle soit utilisée, sachant qu’aujourd’hui en France la laine ne rapporte pas de l'argent à l’éleveur, car le coût de la tonte est supérieur à la valeur de la laine. Pour parvenir à faire bouger les choses, le collectif Tricolor souhaite agir sur tous les aspects de la filière laine en même temps, en ne prenant pas que le problème d’un côté. Il faut que l’éleveur et les fédérations textile se rendent compte que le critère lainier est aussi important dans la sélection que les critères “viande” et “lait”. Il faut ensuite que l’éleveur prenne soin de la laine, c’est-à-dire que s’il tond sur de la paille, la laine est fichue parce qu’on ne peut la séparer de la paille. Il faut aussi qu’il la trie, c’est-à-dire qu’il ne mette pas de la laine souillée avec de la laine pas souillée ou qu’il ne mélange pas des laines différentes ensemble, sinon on n’arrive pas à en tirer profit.

Il faut ensuite que l’on puisse collecter la laine, la laver, suivre sa traçabilité et que l’on soit compétitif pour avoir un fil de bonne qualité, avec un bon rapport qualité prix.
Il ne s’agit pas que de sensibilisation, mais également de mutualiser des moyens. Par exemple, nous sommes en ce moment en train de développer un outil de traçabilité qui va permettre de pouvoir dire que laine utilisée par telle marque vient de tel éleveur, tel collecteur et qu’elle a été lavée à tel endroit. Aujourd’hui, on n’est pas capable de le faire.

Publié le 13/05/2022

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